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Maquette - Rolls-Royce Silver Ghost 1907 - réalisation par Anny Dubois (Belgique)
Type: Maquette au 1/6

Anny Dubois est une artiste belge qui habite à Ouffet. Autodidacte, passionnée par le travail du bois, elle fait du tournage et du chantournage. Elle a réalisé des meubles à l'échelle du 1/12 en respectant les assemblages des meubles originaux.

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Pour quelle raison cette maquette ?  Par singularité d’une part, peu de personnes font des maquettes de voitures en bois de cette taille —80 cm— et d’autre part par défi, je n’ai jamais fait ce genre de travail. 

Depuis des mois, je cherchais la vidéo produite par la BBC en 1988 dans laquelle Richard Blizzard, un modéliste anglais, présentait notamment cette voiture.  Bingo, je la trouve sur le net avec les plans.  Un peu déçue quand je reçois le colis, le plan y était et en ce qui concerne les explications : rien !  La vidéo montre la fabuleuse Rolls-Royce Silver Ghost 1907 —elle est en forme à quatre-vingts ans— presque sous toutes ses coutures.  Toutefois, pour la maquette, l’accent est mis sur la construction du châssis et des boîtes à outils. On y voit quelques images sur les lames de ressort, l’habillage des sièges…  Et la maquette est toujours présentée sur son côté droit. 

Sans réfléchir aux problèmes, je me lance.  Le bois de chêne pour le châssis, l’essieu avant et le pont arrière, du contre-plaqué pour le plancher, le reste en sycomore.  Premier problème : je sculpte l’essieu avant pour lui donner la forme creusée en U, mais lors de l’emboîtement du pivot de l’axe des roues, il casse, le poids l’aurait fait se rompre.  Il vaut mieux que ce soit maintenant.  Le plan doit être modifié pour que le fil du bois puisse supporter l’effort demandé.  Refaire le dessin, resculpter et tout fonctionne ! 

La transmission et la boîte de vitesses sont réduites à deux blocs de bois et une barre de transmission les relie au pont arrière.  Les lames de ressort seront en laiton, je n’ai pas trouvé de barres d’acier.  L’épaisseur des plats prévus est trop importante pour pouvoir être mise en forme avec une simple pince à bec comme sur la vidéo.  J’en arrive à me méfier de cette vidéo !  J’utiliserai des plats de six dixièmes de millimètre d’épaisseur et me bricole un gabarit pour la longueur et le cintrage.  Les différentes lames et leurs supports sont coupés et mis en forme à l’aide d’un petit disque Dremel monté sur la foreuse. Certes, c’est dangereux !  Toutefois, tout se passe bien.  Il y a cinq jeux de lames, je ne comprends pas bien pourquoi sur le moment.

Le bloc-moteur est en bois de sycomore d’une seule pièce.  Recherche pour du sycomore de cinquante et un millimètres d’épaisseur terminé c’est l’épaisseur nécessaire pour les garde-boue. Pour les sièges, il faudrait des blocs de cent quarante-cinq millimètres d’épaisseur.  C’est du rêve !  Ouille mon portefeuille.  Cependant, j’ai trouvé une planche de 52/53 millimètres d’épaisseur avec des défauts.  En calculant, je dois y arriver.  Donc le bloc-moteur sera fait de planchettes de neuf millimètres d’épaisseur collées sur un bloc de sapin et le dessus sera réalisé dans une planche de sycomore de vingt-deux millimètres. 

Jusqu’à présent, c’était simple !  Abordons les boîtes à outils ainsi que la découpe des côtés et les portes. Les garde-boue : ma scie à ruban est trop petite pour ce travail.  Un ébéniste du village est sympa, il me met une nouvelle lame sur la sienne et me laisse faire les découpes.  Tant qu’on y est, on fait les sièges et il me les dégrossit sur une panneauteuse.  De retour, je colle les sièges que j’ai réalisés en deux blocs superposés.  Là, j’ai fait une erreur dont je ne m’apercevrai que plus tard. 

J’ai maintenant toutes les pièces et je commence l’assemblage du puzzle.  Le châssis est mis en place en utilisant des gabarits pour assurer la forme correcte. La boîte de vitesse et la transmission sont collées dessous.  L’essieu avant est assemblé et les lames de ressort avant sont fixées et boulonnées.  Les roues sont présentées et tout est bon.  D'abord, il me faut assembler l’habitacle et le moteur.  Le tableau de bord est mis en forme et sculpté, le cadre du pare-brise est préparé.  Je me fais un petit plaisir, je taille à la main les rainures dans lesquelles le plexi d’un millimètre et demi d’épaisseur sera glissé et le rail du dessus est également rainuré.  Je suis sûre de réussir ce travail à la main alors qu’à la toupie, je n’y arriverai pas d’autant que le réglage des machines m’énerve.

J’ai fait un prémontage de l’essieu arrière et je ne comprends pas comment positionner la cinquième lame de ressort.  Je sais qu’elle sert à moduler le tangage, mais je ne vois pas comment la fixer.  Rien sur la vidéo.  Je visionne les photos sur le net et finalement, j’aperçois sur une photo la solution : elle est posée la courbe vers le haut !  À l’arrière, les lames latérales sont accrochées au châssis, fixées sur le pont arrière qui lui est libre.  C’est la barre de transmission que le tient en place et une seconde barre sur la droite du châssis l’empêche de glisser vers l’avant. 

Les sièges : j’ai visionné à l’en user la vidéo, image par image pour voir comment faire le galbe des sièges.  Je télécharge toutes les images que je  trouve de cette 1907 et pourtant je cale !  Ce genre de sculpture, je ne comprends pas !  « À l’aide ! »  Yves Jacquemain, un maître liégeois ornemaniste, que j’ai rencontré me propose son regard.  IL visionne aussi la vidéo puis dégrossit la forme des sièges.  Gentiment il me dit : « Prends ces trois râpes et l’étau pour achever le travail. »  Je ressens comme un honneur qu’il me prête ses outils, sauf l’étau vraiment trop grand pour mon atelier.  « Tu n’en as pas besoin tout de suite de tes outils ? » ai-je demandé, bien consciente que la sculpture prendrait du temps.  Et cela en prit du temps.  D’abord parce que je ne travaille que quand je le sens, ensuite parce que râper le bois c’est plus dur que les carottes.  Enfin pour donner la forme et que celle de gauche soit pareille à celle droite… 

Ne disposant pas d’un bloc de sycomore suffisamment épais pour y tailler les sièges, j’avais donc fait des collages…  Malheureusement, je n’ai pas vérifié le fil du bois, je râpe donc le bas dans un sens et le haut dans l’autre.  Enfin, la forme y est, reste à poncer.  Mes doigts n’en veulent pas, donc une ponceuse triangulaire et du papier de grain 400.  Mon atelier est très petit : un mètre quarante sur un mètre septante.  Lorsque nous y sommes, mes 2 acolytes-conseillers de chiens et la maquette c’est vivable.  Toutefois, poncer dans cet environnement, c’est impensable.  Que faire ?  Attendre une journée ensoleillée ?  Pas trop de soleil, car j’ai déjà le cerveau qui bouillonne par temps brumeux !  Ou alors squatter le vaste atelier d’un copain ébéniste, j’y suis restée une demi-journée à poncer les sièges et les garde-boue. 

Sur le site de Wikipedia, j’ai lu que le Roi Léopold II a eu la première Rolls-Royce SG 1907 sortie.  Donc, je décide que les trois cadrans aux couleurs nationales : wengé (venant du Congo), buis et padauk.  Cependant, pas possible de trouver une photo du Roi et de sa voiture.  En fin de compte, je m’adresse…  à la fondation Henry Royce, expliquant mon projet.  Le secrétaire me répond par retour de mail qu’il détient la maquette originale réalisée par Richard Blizzard.  Pourtant, jamais le Roi n’a eu cette voiture !  Il m’envoie un fascicule sur l’histoire de cette Silver Ghost avec des photos et un dessin de l’éclaté de la machine.  Superbe !  Je comprends mieux maintenant ! 

Quel est alors le rapport entre le Roi Léopold II et la Rolls-Royce ?  Ce sont les sièges : ils sont en forme de tulipe.  Les sièges de cette forme étaient appréciés par le Roi et sa maîtresse.  Ce sont donc les « sièges Roi des Belges » !  Il reste trois semaines avant l’exposition !  Je fais les entailles pour fixer les charnières des portes et celles du coffre.  Toujours à la main, j’adore !  Un petit ajustage pour que tout se ferme aisément et hop !  Le plexi, récupéré dans une poubelle, est ajusté et glissé dans le cadre du pare-brise. 

Le rétroviseur est un « vrai ».  J’ai découpé le miroir d’un petit rétro d’angle mort et cela fait plus vrai que vrai.  Les phares et lanternes sont tournés en sycomore.  Pour leur mise en place, j’ai utilisé du laiton malléable, car les barres de cinq millimètres préconisées devaient être chauffées au chalumeau pour la mise en forme.  D’abord, je n’ai pas le matériel.  De plus, cinq millimètres me paraissent trop gros. 

Le radiateur.  En 1988, les ateliers Rolls-Royce ont fait quelques exemplaires spécialement pour Mister Blizzard.  Ils étaient même chromés.  Le mien sera plus modeste : une plaque de laiton que je découpe et fixe à la superglu.  La plaque AX201 est découpée, peinte et fixée.  L’écusson RR visible sur le bouchon du radiateur, je l’ai dessiné et sculpté dans du buis entre deux heures et trois heures moins le quart du matin.  Ensuite seulement, j’ai pu dormir. 

Couvrir les sièges de cuir se fera plus tard.  J’estime que j’ai passé trop de temps à la mise en forme des sièges pour risquer de les abîmer.  Je réfléchis à une astuce.  Entre-temps, il faut trouver du cuir très fin, vert foncé…  Sur les photos, un échantillon de cuir de canapé donne quelque peu le change. 
Pour mon anniversaire, je me suis donc offert une Rolls-Royce Silver Ghost 1907 !  Et maintenant ?  J’ai trouvé un plan d’une Packard Victoria 1912, à l’échelle du douzième.  Je ferai les roues en bois !

 

Novembre 2007


 


 

Anny Dubois - Belgique - Belgïe
Vertaling : Waldorf
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